(Ce billet se limite aux courtes citations, bref énoncés utilisés comme des aphorismes, pour illustrer ou résumer un propos ou une idée. Il ne traite pas de l'insertion de longues reprises d'autres auteurs dans un texte.)
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Que vous fassiez ou non un usage abondant de l'art de la citation dans vos écrits, vous êtes certainement déjà tombés sur ce jugement sans appel de Voltaire : « L'art de la citation est l'art de ceux qui ne savent pas réfléchir par eux-même. »
Dans un texte, un discours, ou même une conversation, la citation occupe une place particulière. Elle peut être un simple clin d’œil, un marqueur de culture, une façon d’appuyer un propos ou de rendre hommage à un auteur dont on partage la pensée. Pourtant certains, comme ce féroce François-Marie Arouet, voient dans l’usage répété des citations une faiblesse : une béquille pour esprits peu assurés, un manque d’originalité, voire une preuve d’incapacité à formuler une idée par soi-même.
Faut-il alors éviter les citations comme des artifices rhétoriques un peu vains, ou au contraire les considérer comme un outil légitime du discours ?
Est-ce une manière d’emprunter les habits d’un autre, ou simplement d’exprimer de la façon la plus juste une idée que l’on aurait maladroitement reformulée autrement ?
Le mot juste et la puissance de la formule
Pourquoi citer ? Pourquoi reprendre ce qui a déjà été dit ? La réponse tient peut-être dans ce que soulignait Mark Twain : « La différence entre le mot juste et le mot presque juste est comme celle entre la luciole et l’éclair. » Lorsqu’une pensée est exprimée avec une justesse fulgurante, pourquoi s’échiner à la reformuler en moins bien ?
Une citation bien choisie, insérée au bon moment, peut servir d’éclair, une façon d’illuminer une idée en un instant, sans qu’il soit nécessaire d’en refaire tout le cheminement explicatif. Elle devient une sorte de raccourci intellectuel, non pas pour éviter l’effort de la réflexion, mais pour donner immédiatement au lecteur ou à l’auditeur une clé d’interprétation rapide.
Dans certains cas, la citation permet d’économiser de longues explications. Dire que
« Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument » (Lord Acton) permet en quelques mots d’exprimer une idée qui demanderait plusieurs paragraphes d’argumentation.
Citation et personnalité : renfort ou masque ?
Mais utiliser une citation, est-ce se cacher derrière l’intelligence d’un autre ? Certains le pensent. L’abus de citations peut donner l’impression d’un manque de pensée propre, d’un auteur qui aligne des références sans apporter sa propre voix. Un excès de citations dans un texte peut trahir une forme d’intellectualisme de surface, où la culture devient une façade plus qu’un véritable outil de réflexion.
Rudyard Kipling, non sans ironie, évoquait « les auteurs qui se roulent dans les citations comme des mendiant dans les habits d’un empereur ». L’image est frappante : celui qui accumule les citations sans discernement donne l’impression d’enrober sa pensée dans l’autorité d’auteurs plus grands que lui, sans jamais s’engager lui-même.
Cependant, il ne faut pas confondre un usage excessif et artificiel de la citation avec une intégration intelligente et pertinente d’une pensée extérieure dans son propre raisonnement. Citer un auteur peut être une marque de proximité intellectuelle, un moyen de signaler une influence ou un cadre de pensée. Après tout, penser, c’est dialoguer avec ceux qui nous ont précédés, et les citations ne sont parfois que la matérialisation de cette conversation.
Un outil de clarté et de transmission
Au-delà du style ou de l’érudition, la citation a une fonction très pratique : elle crée un référentiel commun entre l’auteur et son lecteur. En citant un auteur connu, on permet au lecteur de situer immédiatement une idée, sans qu’il soit nécessaire de la développer longuement.
Prenons l’exemple d’un texte sur la liberté. Si l’on écrit : « Qui sacrifie sa liberté pour sa sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre », on n’a pas seulement trouvé une belle formule (attribuée à Benjamin Franklin), on a placé notre discours dans un cadre de pensée précis. On active chez le lecteur un réseau d’associations et d’idées qui dépassent les simples mots employés.
La citation est alors un marqueur culturel, un moyen de simplifier sans simplisme, en évoquant immédiatement des références partagées. C’est pourquoi on en trouve tant dans les discours politiques, philosophiques ou même dans les slogans publicitaires.
Conclusion : une question d’équilibre (ô surprise !)
Comme tout outil rhétorique, la citation doit être utilisée avec discernement. Trop présente, elle devient un cache-misère ; absente, elle prive un texte de la puissance d’évocation qu’une formule frappante et adaptée peut apporter.
L’important est de savoir pourquoi on cite. Si la citation est là pour renforcer une idée, pour apporter une lumière immédiate sur un concept, ou pour marquer une appartenance intellectuelle, alors elle est pleinement légitime. Mais si elle remplace systématiquement l’expression personnelle, si elle est là pour donner une illusion de profondeur à un texte creux, alors elle devient un artifice inutile.
Entre l’abus et la privation totale, il y a une place pour une citation bien choisie, bien placée, qui fait sens.
Après tout, comme le disait Lichtenberg : « Quand un livre et une tête se heurtent et que ça sonne creux, ce n’est pas forcément du livre que vient le bruit. »
En résumé : Uti, non abuti !
(Les locutions latines sont en quelque sorte des citations au carré !)
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